![]() |
|
Entrée des membres
|
||||||||||||
![]() |
|
|||||||||||||
![]() |
![]() |
guide des relations sculpteur-consommateurDocumentation » Guide des relations sculpteur-consommateur » page 9Les mots soulignés sont particuliers à la pratique. Vous n'avez qu'à les cliquer pour lire leur définition. La commande d'oeuvres d'art (suite)4- La sculpture d'intégration
Souvent les clients, surtout lorsqu'il s'agit d'organismes publics ou parapublics, recherchent une plus grande cohésion
entre l'oeuvre d'art publique et le lieu auquel on la destine. La sculpture est alors conçue par l'artiste en fonction
de son emplacement, du site où elle sera installée, des caractéristiques physiques, sociales et esthétiques de ce dernier,
de la fonction du lieu et de la circulation du public. Cela amène le client à définir plus étroitement la commande, limitant
d'autant la liberté de l'artiste. On parle alors
d'intégration
de l'objet d'art à son environnement.
L'intégration peut se faire a posteriori, lorsque le bâtiment est déjà construit. Mais généralement, il sera préférable d'associer l'artiste à l'architecte et aux autres spécialistes intervenant dans la construction au moment même de l'élaboration du projet. Cela permet une meilleure interaction entre les uns et les autres et une intégration plus harmonieuse. Parfois, l'artiste peut aussi collaborer avec l'architecte à la conception esthétique du bâtiment ou de la partie du bâtiment où l'oeuvre doit être insérée. A la limite, l'objet d'art peut devenir partie intégrante de l'architecture de l'édifice ou de son mobilier. La sculpture, le relief se transformeront en grille, en portail, en escalier, en manteau de cheminée, en banc, en luminaire, en revêtement de parois d'ascenseur, en jardin. L'art se rapproche alors du design. L'environnement étant une donnée fondamentale d'une telle oeuvre, l'artiste doit tenir compte des caractéristiques physiques du lieu auquel elle est destinée, que le site soit construit ou naturel, comme dans un parc. L'artiste peut même être appelé à prendre en considération tous les aspects du site. Ainsi dans la commande d'une sculpture fontaine implantée dans un jardin à proximité d'un bâtiment ou même d'une sculpture intérieure placée à proximité de fenêtres largement ouvertes sur le paysage, on pourrait demander à l'artiste de tenir compte à la fois de l'architecture et du paysage naturel environnant. L'artiste doit également considérer, dans l'élaboration de son projet et dans le choix de l'emplacement de sa sculpture, la fréquentation du site, les circuits empruntés par les usagers et même l'âge ou d'autres caractéristiques de ces derniers. Le respect des normes de sécurité pourra imposer de placer une sculpture à l'extérieur de circuits hautement fréquentés. Par contre une sculpture mobile actionnée par des cellules photomécaniques devra nécessairement être placée à proximité d'une zone de grande fréquentation de façon à ce que le passage des usagers déclenche régulièrement son mécanisme. Sinon, elle perdrait largement de son intérêt et risquerait même de tomber en panne. Il arrive qu'on cherche une intégration encore plus poussée de l'oeuvre au site auquel elle est destinée. On visera alors une symbiose avec le milieu socioculturel auquel elle est destinée, espérant rendre par là l'oeuvre plus acceptable aux usagers. Par exemple, on demandera à l'artiste de tenir compte de la fonction du bâtiment dans la conception de son oeuvre. Dans cette perspective, un sujet ou un thème pourront même venir encadrer la création de l'artiste. C'est une approche qui a parfois été retenue dans le cadre de projets du programme québécois d'intégration d'oeuvres d'art à l'architecture et à l'environnement, particulièrement dans les cas d'intégration d'oeuvres d'art à des centres d'accueil pour personnes âgées ou à des écoles. Ainsi, la grille d'une école primaire, réalisée récemment par le sculpteur Armand Vaillancourt, s'inspire de dessins d'enfants. L'intégration impose à l'artiste une démarche particulière. À la limite, l'oeuvre d'intégration est indissociable du site auquel elle est destinée, du contexte dans lequel elle a été créée. Son avenir est lié presque irrémédiablement à l'évolution du site. D'où l'importante responsabilité morale du propriétaire d'une oeuvre d'art intégrée, en regard du respect du droit de l'artiste de protéger l'intégrité de son oeuvre. 5- Avantages et désavantages de l'intégration
L'intégration présente évidemment de multiples avantages. Du point de vue esthétique, le résultat final risque d'être plus
équilibré, plus harmonieux. Cet objectif a de meilleures chances de se réaliser si l'artiste est engagé dès l'étape
d'élaboration du concept architectural. Surtout, le respect mutuel entre l'artiste et les autres intervenants, particulièrement
l'architecte, est essentiel. Il faut que s'instaure entre eux une réelle collaboration, voire une complicité.
Dans le cas de collaboration heureuse, la qualité finale de l'intégration et de ses éléments artistiques et architecturaux pourra contribuer à l'augmentation de la valeur marchande du bâtiment ou du site. L'impact de la présence d'une oeuvre d'art sur la plus-value d'un bâtiment sera d'autant plus marqué que son auteur sera réputé au moment de la commande ou qu'il le deviendra ultérieurement. Enfin, la prise en considération du contexte socioculturel dans lequel l'oeuvre devra s'insérer peut faciliter l'acceptation de la sculpture par ses usagers, et conséquemment éviter les manifestations d'opposition et le vandalisme. Mais cela ne suffit pas toujours pour valoriser, voire faire apprécier une oeuvre d'art publique par un milieu qui n'a pas été sensibilisé à l'art. Ces précautions ne sauraient remplacer la communication et l'éducation artistique qui demeurent des instruments essentiels d'intégration des oeuvres d'art publiques aux milieux dans lesquels elles s'inscrivent. Mais l'intégration d'une oeuvre d'art comporte aussi des désavantages. En tout premier lieu, l'intégration limite la liberté de l'artiste. Elle peut être un frein à son imaginaire, à la vivacité de son expression, entraînant même une dépersonnalisation et une standardisation des oeuvres réalisées dans ce contexte. À trop éviter de déplaire, à trop chercher à se fondre dans l'environnement, à trop viser la neutralité, la sculpture risque de perdre sa vigueur et sa valeur artistique. Car l'oeuvre d'art touche, émeut, dérange, qu'elle obéisse au principe de plaisir ou de déplaisir. Des contraintes trop importantes peuvent affecter sa qualité esthétique ce qui inévitablement aura un jour ou l'autre une incidence négative sur sa valeur marchande. À long terme, la présence d'une oeuvre d'intégration peut poser des problèmes de déplacement au moment de la rénovation ou de l'aliénation de l'édifice. Comme le site fait partie de l'oeuvre d'intégration, il ne peut être modifié sans que celle-ci en soit affectée. Une modification importante du site modifie l'oeuvre et il en est de même de son déplacement. Ces modifications ne peuvent être faites sans l'autorisation expresse de l'artiste qui, en vertu du droit moral qui lui est reconnu par la loi, a le droit de protéger l'intégrité de son oeuvre. Pour déplacer une sculpture, pour transformer le site ou détruire l'édifice où elle est érigée, il faut d'abord obtenir l'autorisation de l'artiste, s'entendre avec lui sur les modalités de déplacement de son oeuvre. Cela peut entraîner des frais additionnels importants, surtout si l'oeuvre est tellement bien intégrée aux éléments architecturaux de l'édifice qu'elle en est presque indissociable. Ces conditions peuvent aussi rendre plus difficile la revente de l'édifice. En définitive, avant de déterminer la nature de la commande, il importe de bien mesurer les avantages et désavantages d'une intégration et de formuler dans le contrat les responsabilités respectives de chacun, les limites de leurs interventions et de prévoir l'éventualité d'une aliénation ou d'un déplacement de l'oeuvre. Enfin, dans la définition du mandat, il faudrait s'assurer que l'artiste dispose d'un cadre suffisamment large pour créer une oeuvre personnelle. |
||||||||||||
|
|
||||||||||||||